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THÉÂTRE DE LA PÉPINIÈRE - 2°7

Mardi 06 février 2018

Intra-muros

Résumé

Tandis que l'orage menace, Richard, un metteur en scène sur le retour, vient dispenser son premier cours de théâtre en prison.

Il espère une forte affluence, qui entraînerait d'autres cours - et d'autres cachets - mais seuls deux détenus se présentent : Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique, qui n'est là que pour accompagner son ami.

Richard, secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, choisit de donner quand même son cours...

La pièce est signée Alexis Michalik, qui réalise ici sa quatrième pièce dans son style le plus pur.

La pièce

La pièce au tout début se prend pour une œuvre banale : un cours de théâtre en prison ; les acteurs sur scène ne dégagent rien, rien de plus que ce qu’ils prétendent être : un metteur en scène, une assistante sociale et une comédienne. Rapidement ces personnages se retrouvent confrontés à deux prisonniers ; eux ne jouent aucun rôle, ils sont là, ils ne parlent pas, ils se contentent d’observer. Mais rapidement la pièce surprend et prend une tout autre tournure et mise en scène. On se retrouve projeté dans le passé de Kevin, le plus jeune des deux prisonniers. Le rythme alors s’accélère ; le public vit autant le personnage son chemin en prison ; régulièrement il brise le quatrième mur pour s’adresser au public et toutes ses émotions lui parviennent alors totalement ; les spectateurs se sentent presque sur scène.

Toute la pièce dévoilera des flashbacks des personnages, entrecoupés de scène en prison ; on observe la vie d’un metteur en scène raté : Richard et sa petite amie assistante sociale, perdue et droguée, en quête d’un père qu’elle n’a jamais connu. On comprend petit à petit les liens qui unissent les personnages : la comédienne amenée par Richard, qui se dévoile en fait être son ancienne femme ; ou même le lien puissant qui unit les deux prisonniers, Kevin et Ange, ce dernier est mystérieux et morose.

Le dernier acte, où la pièce arrive au paroxysme de son génie, résout toutes les questions qui se sont ancrées dans la tête du spectateur au fil de la pièce. L’œuvre finit par un acte dérangeant et fascinant à la fois : la barrière entre réalité et théâtre est brisée, on ne sait plus qui joue quoi ? Est-ce que le public lui-même joue un rôle dans la pièce ? Et c’est à cet instant que l’on saisit tout le génie de la pièce : une pièce dans une pièce, une mise en abyme.

Avis

Nous avons vraiment apprécié cette pièce : son atmosphère très particulière mais nous atteint personnellement, sa modernité dans la mise en scène, ses costumes, son thème et parfois ses idées. Le rap intégré dans la pièce est vraiment très surprenant et vraiment innovant et demeure l’un des moments les plus mémorables de la pièce. Il nous transporte vraiment dans le personnage, on comprend parfaitement ce qu’il traverse, comme si les paroles étaient ses pensées et que la musique représentait ses émotions. Malgré un ton sérieux, la pièce arrive à garder de l’humour à certains moments.

C’est un conte à propos de la misère de l’Homme, misère que l’on ressent très bien sur la scène, la rencontre visiteurs-prisonniers ; on a l’impression de voir deux mondes différents se rencontrer, d’un côté les visiteurs, le monde réel et de l’autre la misère sociale que sont les prisonniers. On voit les criminels comme des monstres à forme humaine. Mais au fil de l’histoire on se rend compte que les personnages incarcérés ont eu aussi un passé, qu’ils sont humains ; leur masque tombe et on s’attache a eu. Quant aux visiteurs « lambda » du début, qui paraissaient bénis comparés aux incarcérés au début de la pièce, dévoilent des histoires bien sombres. Les personnages ne sont pas séparés par le milieu de la prison, mais unis par leur humanité et leur passé.

Louis Rambert et Paul Lemallier